Retour d'expérience


Mise en garde, petit rappel à la réalité ? A vous de voir

A. Faire confiance


Il y a des millions de personnes qui vivent avec le bambou comme ressource locale. Difficile d'en rencontrer de vrais et de valeureux dans notre pays la France. Ici la culture c'est le bois, et c'est une grande richesse. Il y a aussi le monde du rotin et du canage, mais cela n'a rien à voir.
Ca c'est le point de vue "état des lieux de l'artisanat", comme un brave écolier en ferait le résumé.

Ce que l'on sait rarement, c'est aimer ce que l'on fait. Faire avec amour, c'est faire par plaisir, par beauté, c'est s'effacer pour créer. Il ne peut exister aucune concurrence là dedans.
C'est lorsque la comparaison des talents s'exacerbe que peut naître une concurrence, lorsque des regards extérieurs peuvent juger un travail supérieur en qualité à un autre.
L'étalage publique excite ce genre de vue. Mais il peut aussi participer à une inspiration, c'est une forme de partage.

Songez qu'un humble artisan n'étale pas ses talents sur la voie publique, pourtant il est reconnu par ses pairs, il ne manque pas de travail.

Cela peut s'observer encore dans quelques rares ateliers. C'est une époque de rareté, l'argent, la recherche des honneurs fait peu de place à l'amour du travail bien fait naturellement partagé.

B. Se méfier


Ma première grande expérience bambou. C'était un chantier pour un salon de massage. Le type m'appelle très emballé après avoir vu mon site internet. Il souhaite que je réalise pour lui une cloison en cannes pleines. Je réfléchis, davantage tenté par le personnage et l'expérience qu'il me propose. Je sens déjà que l'homme est trop bavard pour être honnête. Nous convenons d'un prix, sans contrat, sur la parole. L'homme se présente comme un défenseur du Tao originel, qu'il allie dans sa pratique du massage. Le travail de cloisonnage réalisé, il donne une partie de la somme convenue, et promet d'envoyer le reste par la poste, sa famille étant à cours d'argent. Un an passe ainsi. Pour fêter l'anniversaire, je lui rappelle que mon travail n'a pas été payé au prix convenu. Il tente de me convaincre de la médiocrité de mon travail et en appelle à ses enfants pour me faire lâcher l'affaire.

Alexis, tu ne me paiera jamais ta dette. C'est pourtant un bon masseur, mais qui croît que son talent fait de moi quelqu'un d'inférieur.

J'ai longtemps réfléchi au fait de publier ici tes coordonnées, comme une sorte de vengeance, pour dire une fois de plus : "voyez ce gars est un enfoiré". Mais je ne le ferai pas, car tu es comme moi un artisan, certes à la solde des riches dont tu adopte la servilité, mais un gars qui travaille de ses mains. En cela je te dois le respect.

Respect or die respect or die
Respect ou j'met la pagaille, si je retrouve la chanson, promis je la met ici et je te l'envoie à notre bon souvenir.
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La MORALE de cette histoire...


Il y a quand même une morale à cette histoire. Eh si !

Lorsque nous avons élaboré son projet, le masseur m'indiqua qu'il se chargeait de fournir les cannes de bambou nécessaires.
Nous avons donc passé une après midi plaisante dans une jolie petite forêt de bambou, à couper le nombre exact de cannes sèche - caramel - entières qu'il fallait pour réaliser la cloison.
Le savez vous ? Les cannes sèche dans la bambouseraie vivent selon un climat particulier. Circulation d'air, humidité, chaleur régulée par l'ombre des chaumes...
Le masseur était averti qu'en utilisant ces cannes, l'aspect premier serait très joli, mais qu'ensuite selon les nouvelles conditions de "respiration" de la structure, les cannes pourraient travailler. Ce qui arriva.

La structure devait quand même être bien conçue puisque toujours en place aujourd'hui. Je trouve d'ailleurs qu'elle valorise très bien le dos nu de la dame que tu masse sur ta vidéo, on voit même pas les fentes ;)
Ben alors ?







"Quand le bambou fend prend garde à tes oreilles, quand le bambou fend celle qui sursaute ne veille"

C. De l'utilité de récriminer ce genre de comportement


J'ai rencontré foule de gens, me disant sur des situations comme celle-ci "laisse tomber, la rancune tout ça c'est pas bon".

Mais il ne s'agit pas de rancune ! Il s'agit de dénoncer des comportements quotidiens !! Croyez vous que seules les grandes catastrophes sont à dénoncer ?? Mais d'où viennent les gros défauts sinon des petits ? Comment voulez vous vivre en bonne entente et en bonne harmonie si chacun à son niveau tire dans les pattes de l'autre pour son seul profit ?

Vous croyez que cette démarche n'est pas nécessaire ? Alors tournez vous vers ceux qui vous expliquent que nous sommes des animaux déviants, que la règle de la Nature est la survie dans l'injustice, et que dans ce contexte génétiquement prouvé tout les coups sont permis pour survivre et exploiter son prochain.

Si vous faîtes du marche ou crève votre chemin de vie, faites nous part de ce que vous trouverez une fois arrivé au bout.

Merci à vous.

D. De l'attachement


Vivons détaché de tout... mais il faut bien manger. Lorsque les terrains deviennent chers, il est difficile de trouver une bonne âme qui veuille vous céder le sien. Il faut gagner de la monnaie. Ou être libre, détaché, sur les chemins...
C'est une contribution qui a sa valeur, hélas elle n'est réellement pas accessible pour tous, les chaînages sont trop nombreux, et oppressants lorsqu'ils deviennent inacceptables.
Vivre de son art, de son talent est également une contribution. Hélas l'oppression ressentie, la pression sociale et financière crée des situations dysharmoniques comme celle que j'ai décris ici, de mon point de vue.

Le manque de respect, de l'autre, de la parole donnée, la vanité, le mensonge, l'excessivité ne conduisent pas à un avenir meilleur, du moins me semble t-il... Et vous ?


JABAGALEA- 2013 - Raisonnement mécanique hypocrisie systématique

Actualisé le mercredi 28 août 2013  la fin approche PAPA